Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 22 octobre 2019

Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 22 octobre 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Mélissa Richard - Manuela Geirnaert - Vincent Calame - Frédéric Couchet - Patrick Creusot à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 22 octobre 2019
Durée : 1 h 30 min
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Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application pour téléphone mobile que vous pouvez télécharger sur toutes les bonnes boutiques et notamment le magasin libre Fdroid.
Merci à vous d’être avec nous aujourd’hui.
La radio dispose également d’un webchat, utilisez votre navigateur, allez sur causecommune.fm, cliquez sur « chat » et vous pouvez nous rejoindre sur le salon dédié web à l’émission pour nous poser de questions, faire des remarques et vous pouvez également intervenir à l’antenne en direct en appelant le 09 50 39 67 59. N’hésitez surtout pas à appeler.

Nous sommes mardi 22 octobre 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, son délégué général.
Le site web de l’April c’est april.org et vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à l’émission avec des références que nous mettrons à jour évidemment après l’émission. N’hésitez pas également à nous faire des retours via les points de contact.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

On va passer au programme de l’émission.
Nous allons commencer dans quelques secondes par la chronique de Noémie Bergez qui portera sur le droit au déréférencement.
D’ici dix/quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur les espaces publics numériques et les logiciels libres.
En fin d’émission nous aurons la chronique de Vincent Calame sur le thème « Google est ton ami ».
À la réalisation de l’émission aujourd’hui Patrick Creusot. Bonjour Patrick.

Patrick Creusot : Bonjour à tout le monde et bonne émission.

Frédéric Couchet : Merci Patrick.
Comme à chaque émission on va vous poser un petit quiz et on vous donnera les réponses au cours de l’émission.
Première question : lors de l’émission de la semaine dernière, 15 octobre 2019, nous étions avec le collectif Regards Citoyens. Vous connaissez sans doute les sites NosDéputés.fr et NosSénateurs.fr proposés par ce collectif, mais saurez-vous citer leur autre site qui facilite le suivi des travaux législatifs ?
Deuxième question : une de nos invitées d’aujourd’hui travaille au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie. Savez-vous de quand date le premier évènement logiciel libre d’importance à la Cité des sciences et de l’industrie ?
Les réponses en cours d’émission.

Tout de suite place au premier sujet.

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, sur le droit au déréférencement

Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies, c’est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons », de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui tu souhaites nous parler du droit au déréférencement.

Noémie Bergez : Exactement. Le thème portera sur le droit au déréférencement qui concerne les moteurs de recherche. Effectivement cette émission est assez en lien avec les moteurs de recherche puisqu’il y aura la chronique de Vincent « Google est ton ami ». Mais nous on va s’intéresser au droit au déréférencement tel qu’il a été prévu dans le cadre de la réglementation européenne et également précisé avec certaines décisions de justice de la Cour de justice de l’Union européenne.

Le droit au déréférencement. La première chose qui vient à l’esprit c’est déjà de se demander ce qu’est le déréférencement. J’ai fait une petite recherche dans le dictionnaire de l’Académie française ce week-end sur la notion de déréférencement : il n’y a pas de réponse, pas de définition. A contrario, on trouve une définition de « référencement », souvent c’est le fait de référencer un produit, donc inscrire un produit sur une liste, référencer un site, donc inscrire un site dans une base de données de moteur de recherche.

Souvent on parle du droit au déréférencement et vient aussi se mélanger le droit à l’oubli, droit à l’effacement.

L’oubli, quant à lui, est défini comme la perte d’un souvenir, le fait d’ignorer quelque chose ; l’effacement c’est l’action d’effacer.

Pour le déréférencement, en fait, il faut voir les choses assez simplement. Le déréférencement s’applique principalement aux moteurs de recherche : c’est la suppression des liens dans les pages de résultats. Évidemment c’est une suppression de liens et pas une suppression des résultats en eux-mêmes.

La réglementation européenne aborde la notion de droit à l’effacement qui est plus large que le droit au déréférencement qui s’applique aux moteurs de recherche. C’est depuis 1995, dans la fameuse directive du 24 octobre 95 relative à la protection des personnes physiques quant au traitement de leurs données qu’on trouve, dans l’article 12, une première référence à l’effacement puisque cet article prévoit que chaque État membre de l’Union européenne garantit à toute personne le droit d’obtenir l’effacement de ses données lorsque le traitement n’est pas conforme à la directive, notamment parce que ses données sont incomplètes ou inexactes. C’est un premier pas dans cette construction du droit à l’effacement.

Ce droit à l’effacement, en réalité, a été vraiment abordé dans une décision de la Cour de justice de l’Union européenne, l’institution juridictionnelle de l’Union européenne qui a pour mission d’interpréter le droit de l’Union à la demande des juges nationaux, parmi d’autres missions évidemment, et la CJUE a apporté des précisions cette fois-ci sur le droit à l’effacement mais principalement lorsqu’il s’applique aux moteurs de recherche, donc le droit au déréférencement.

C’est un arrêt du 13 mai 2014 qui concernait Google Espagne qui, en fait, visait un individu qui avait porté une réclamation devant une autorité de contrôle espagnole parce que, à chaque fois qu’on introduisait son nom dans le moteur de recherche de Google, on retrouvait dans les résultats des liens vers les pages d’un quotidien avec des articles de 1998 qui évoquaient une saisie qui avait été pratiquée en recouvrement de dettes de Sécurité sociale sur ses biens. Il souhaitait faire disparaître ces liens et Google avait refusé la suppression. Ce qui s’est passé à la suite de ça c’est que la CJUE a été saisie et, dans cet arrêt qui est quand même assez majeur en la matière, la CJUE nous indique qu’en fait l’exploitant d’un moteur de recherche va collecter des données à caractère personnel, il va les enregistrer, il va les organiser, et que cela constitue un traitement de données à caractère personnel au sens de la directive et que l’exploitant d’un moteur de recherche est un responsable de traitement qui effectue des traitements de données à caractère personnel, donc il est soumis au droit de la protection des données, donc il doit respecter, évidemment, les obligations de cette matière.
Ce qui signifie que, saisis d’une demande de déréférencement, les moteurs de recherche doivent examiner si le requérant en question dispose d’un droit à ce que l’information relative à sa personne ne soit plus liée à son nom dans une liste de résultats. Il peut le faire sur différents fondements, notamment les articles 7 et 8 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne nous dit la CJUE. Donc elle protège de droit le respect de la vie privée familiale et la protection des données à caractère personnel.

La CJUE met quand même déjà une limite, puisqu’elle nous explique que l’exercice de ce droit n’est pas absolu et que, dans certains cas, les moteurs de recherche peuvent refuser la demande de déréférencement au motif qu’il existe des raisons particulières comme le rôle qui est joué par la personne dans la vie publique ou encore l’intérêt prépondérant du public à avoir accès à l’information en question qui justifient, finalement, l’ingérence dans les droits fondamentaux de cette personne.

Depuis 2018, on en a tous entendu parler, le Règlement général sur la protection des données a bouleversé la matière de la protection des données à caractère personnel. Il se trouve que, dans son article 17, le Règlement consacre tout un article au droit à l’effacement qu’il désigne également comme le droit à l’oubli. Donc l’article 17 vient finalement nous apporter des précisions qu’on attendait un petit peu sur le droit à l’effacement ; il consacre le fait que toute personne a le droit d’obtenir l’effacement de ses données dans les meilleurs délais. Dans cet article sont détaillés, en fait, les motifs qui justifient un effacement des données à caractère personnel, il y en a six :

  • le premier c’est que les données ne sont plus nécessaires au regard des finalités du traitement ;
  • deuxième possibilité : la personne concernée va retirer le consentement ;
  • troisième possibilité : la personne concernée va s’opposer au traitement ;
  • quatrième possibilité : les données font l’objet d’un traitement illicite, c’est-à-dire que déjà à la base le traitement n’avait pas de base juridique, donc ça justifie qu’on puisse demander l’effacement de ses données ;
  • ça peut être aussi lorsque les données ne respectent pas une obligation légale ; dans ce cas-là il faut qu’elles soient effacées ;
  • le dernier point qui justifie l’effacement des données, ce sont des données qui concernent les enfants.

L’article 17 nous précise également dans quelles conditions un responsable de traitement peut refuser d’effacer les données :

  • notamment si le traitement est nécessaire à l’exercice du droit à la liberté d’expression et d’information, évidemment ;
  • autre condition qui permet de refuser un effacement de données c’est si le responsable du traitement doit mener ce traitement pour respecter une obligation légale ou exécuter une mission d’intérêt public ;
  • troisième critère c’est s’il existe des motifs d’intérêt public dans le domaine de la santé publique ;
  • et enfin si le traitement est nécessaire à des fins archivistiques dans l’intérêt public ou à des fins de recherches scientifiques ou historiques ou enfin s’il est nécessaire à l’exercice des droits de la défense.

Cet article 17 est également applicable évidemment au déréférencement pour les moteurs de recherche. Dans l’actualité nous avons deux décisions récentes de la CJUE qui sont encore venues compléter toutes ces dispositions et qui sont venues préciser les portées et aussi les limites du droit au déréférencement pour les moteurs de recherche. Ce sont deux décisions qui datent du 24 septembre 2019, donc qui sont toutes proches, et qui ont été rendues sur requête du Conseil d’État.
Ce qu’il faut noter dans ces décisions c’est que les faits étaient à l’époque soumis à la directive de 95 et non au RGPD. Mais la CJUE, qui rend cette décision postérieurement à l’entrée en vigueur du RGPD, a quand même fait quelques citations de l’article 17, donc elle rappelle également les règles applicables à ce jour.
Dans ces deux affaires il y a eu plusieurs choses marquantes : la première c’est qu’à la base, en fait, il y avait eu une mise en demeure de la CNIL à l’encontre de Google, que Google avait refusé d’appliquer : la CNIL demandait à Google de supprimer de la liste de ses résultats des liens et la CNIL avait demandé à ce que cette suppression concerne toutes les extensions de noms de domaine du moteur de recherche de Google, ce que Google avait refusé. Ici, la Cour va souligner que de nombreux États tiers n’ont pas de droit au déréférencement ou adoptent une approche différente — les États tiers ce sont ceux qui ne sont pas dans l’Union européenne. La Cour relève que l’article 17 ne fait pas de mise en balance pour ce qui concerne la portée d’un déréférencement en dehors de l’Union européenne, donc elle va préciser la portée géographique du déréférencement en jugeant que les moteurs de recherche qui font droit à une demande de déréférencement doivent le faire non pas sur l’ensemble de leurs versions, donc non pas mondialement, mais uniquement sur les déclinaisons européennes de leur moteur.

Il faut quand même noter que la CJUE ne ferme pas définitivement la porte à la possibilité, pour une autorité de contrôle telle que la CNIL, d’obliger un moteur de recherche à un déréférencement mondial, mais dans des cas exceptionnels. Et à ce jour, on n’a pas encore de décision de justice qui illustre ce que sont ces cas exceptionnels. Ça c’est le premier apport de ces arrêts.

Le deuxième apport concerne les conditions de mise en œuvre du droit au déréférencement puisque la CJUE cite un certain nombre de critères qui permettent à un moteur de recherche d’apprécier si la demande de déréférencement est fondée. Pour cela je vous renvoie aux arrêts puisqu’il y a une certain nombre de critères tels que la notoriété de la personne, l’âge de la personne, la nature des informations référencées.

Et enfin, autre point marquant de ces décisions, c’est que la CJUE confirme l’application du droit au déréférencement pour des liens qui pointent vers des catégories particulières de données, à savoir des données sensibles. Là, évidemment, il faut faire preuve, pour les moteurs de recherche, de vigilance puisque ces données sensibles sont quand même assez spécifiques.

En pratique, on demande aux moteurs de recherche de déréférencer un résultat [un lien, NdT]. Il existe des formulaires, les moteurs de recherche ont mis en place des formulaires en ligne où on leur écrit. S’il y a un refus, on peut le contester devant la CNIL ou devant les juridictions compétentes. Pour information, en 2018 la CNIL a quand même reçu 373 plaintes qui portent sur des demandes de déréférencement. Il est très probable que ce nombre augmentera dans les années à venir.

J’en aurai terminé de mes explications sur le déréférencement.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. Tu as cité beaucoup de références, évidemment, et j’invite les personnes qui écoutent l’émission à se rendre sur le site de l’April, april.org, ou sur le site de la radio, causecommune.fm, pour retrouver toutes les références que tu as citées. Nul doute qu’on reviendra sur ce sujet qui, évidemment, va prendre de plus en plus d’importance dans les années à venir.
C’était la chronique de Noémie Bergez « In code we trust ». Je te souhaite une belle journée et puis au mois prochain.

Noémie Bergez : Merci. À très bientôt.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter The Crosses of Annagh par Sláinte, je ne sais pas trop comment ça se prononce, avec mon accent ce n’est pas terrible, et on se retrouve juste après. Belle journée sur Cause Commune.

Pause musicale : The Crosses of Annagh par Sláinte.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter The Crosses of Annagh par Sláinte. Melissa, qui intervient juste après, me dit que ça se prononce à peu près comme ça, mais je ne pense pas l’avoir dit totalement correctement. En tout cas c’est un très beau morceau disponible sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur april.org et sur causecommune.fm.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant à notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Espaces publics numériques et logiciels libres avec Mélissa Richard, médiatrice numérique au Carrefour numérique, Cité des sciences et de l'industrie, et Manuela Geirnaert responsable du pôle multimédia de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges

Frédéric Couchet : Nous allons donc poursuivre avec le sujet principal qui va porter aujourd’hui sur les espaces publics numériques et les logiciels libres. Nos invitées : Mélissa Richard, médiatrice numérique au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l'industrie. Bonjour Mélissa.

Mélissa Richard : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et par téléphone Manuela Geirnaert, responsable du pôle Multimédia de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges. Bonjour Manuela.

Manuela Geirnaert : Bonjour.

Frédéric Couchet : Excuse-moi pour le démarrage, il est difficile.
Nous allons parler des espaces publics numériques et on va définir assez rapidement le terme parce qu’en préparant l’émission je pensais que beaucoup de gens connaissaient ce terme ; en fait on m’a dit que ce terme n’était pas forcément très connu. On va d’abord commencer par une petite présentation personnelle rapide de votre parcours. On va commencer par Mélissa, en quelques mots.

Mélissa Richard : En quelques mots ! Hou là ! Je travaille au Carrefour numérique, je suis médiatrice numérique. J’y travaille depuis, on a dit quoi tout à l’heure ? Six ans. Avant ça j’ai travaillé à la Quadrature du Net, je faisais notamment l’animation de communautés, donc une association de défense des libertés à l’ère du numérique. Pour en arriver là j’ai fait des études de droit et de journalisme, donc je ne travaille absolument pas dans mon domaine d’études.

Frédéric Couchet : D’accord. Et toi Manuela ?

Manuela Geirnaert : Je travaille à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges depuis 1997, donc ça remonte à quelques années. J’ai fait des études d’histoire et, en fait, ça n’a pas vraiment abouti à ce que je fais maintenant puisque depuis 1997 je m’occupe à la bibliothèque des ressources numériques, des ouvrages sur l’informatique et de l’animation à l’espace multimédia, donc accueil du public, animation d’ateliers, coordination d’animations. Depuis janvier 2017 j’ai pris la responsabilité du pôle Multimédia de la Bfm.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci. Déjà, première question, j’ai choisi le titre, le terme « espaces publics numériques » pour essayer de recouvrir des réalités assez différentes, on va le voir tout à l’heure. On va peut-être commencer par définir ce qu’est, selon vous, un espace public numérique. Manuela.

Manuela Geirnaert : Pour moi, effectivement, un espace public numérique ça recouvre plusieurs réalités. Nous, à la Bibliothèque francophone multimédia, on l’appelle espace multimédia, mais on fait de la formation, on fait de l’accueil de public pour l’accès à Internet, on fait des animations. C’est vrai que ça recouvre quand même plus de choses. En plus, nous on est en train d’évoluer au niveau des services qu’on propose aux usagers, donc ça va quand même ressembler de plus en plus à un tiers-lieu.

Frédéric Couchet : D’accord. Et de ton côté, Mélissa, comment tu présenterais ça ?

Mélissa Richard : Chez nous c’est pareil, c’est assez complexe parce qu’il y a aussi une bibliothèque à la Cité des sciences et de l’industrie qui a aussi des activités autour de la médiation numérique, notamment un espace autoformation, et du coup, eux aussi sont un espace public numérique. On a un fab lab, un living lab, j’imagine qu’on définira tout ça après.

Frédéric Couchet : On définira ça après.

Mélissa Richard : Et ce n’est pas forcément à ça qu’on pense quand on pense à un espace public numérique. Moi, en tout cas dans mon imaginaire, c’est un endroit où on va avoir accès aux ordinateurs, on va pouvoir soit s’autoformer soit suivre des formations. Or nous, ce n’est pas tellement ça qu’on propose ; on propose plutôt un espace où effectivement les gens peuvent venir apprendre par eux-mêmes ; on essaye de sortir du savoir descendant, de la transmission descendante de savoir, donc on est vraiment beaucoup plus proches de la définition des tiers-lieu, même si j’ai aussi quelques petites choses à redire sur la définition des tiers-lieux ; c’est un peu mixte comme espace.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est un espace physique. Pour répondre à une question de Tangui, je vais le citer, qui ce midi, à table, me posait la question de savoir ce qu’est espace un numérique parce qu’il ne voyait pas trop ce que c’est. Donc c’est à la fois un lieu physique et ce sont aussi des personnes. Donc il y a une partie initiation à l‘informatique et il y a aussi une partie, notamment plus spécifiquement dans les deux structures invitées, sur le fait de faire par soi-même, d’apprendre par soi-même. Ce n’est pas uniquement utiliser en libre-service des ordinateurs, c’est aussi partager, co-créer des choses et progresser dans sa compréhension de l’informatique. Est-ce que c’est à peu près ça ? Manuela.

Manuela Geirnaert : Je dirais que c’est ça. Nous on a quand même, mais c’est peut-être le fait d’être dans une bibliothèque, vraiment aussi un rôle d’accompagnement des utilisateurs, pas seulement sur l’outil numérique mais aussi sur tout ce qui est démarches en ligne. On essaye de les accompagner dans l’acquisition de compétences et de les aider dans des démarches qu’ils doivent faire ce et qu’ils ne savent pas faire tout seuls.

Frédéric Couchet : D’accord.

Manuela Geirnaert : Je crois qu’on est reconnus. Je pense que les gens viennent à la bibliothèque aussi pour ce côté-là : l’espace public numérique c’est un endroit où on peut se faire aider.

Frédéric Couchet : Mélissa, tu voulais compléter ?

Mélissa Richard : Je suis assez d’accord avec ça. On ne fait pas l’accompagnement aux démarches parce que justement c’est le délégué à la bibliothèque, enfin c’est la bibliothèque qui s’en charge.

Frédéric Couchet : D’accord. Comme je le disais tout à l’heure dans l’introduction la radio a un salon web sur le site causecommune.fm, n’hésitez pas à nous rejoindre. Vous avez une remarque de Marie-Odile qui nous dit : « Vous faites de bien beaux métiers, mesdames ». Je salue Marie-Odile, c’est la personne qui notamment va transcrire vos interventions, c’est Marie-Odile Morandi de l’April, qui s’occupe du groupe Transcriptions à l’April.
Donc ça c’était une présentation un petit peu rapide de ce terme générique « espace public numérique », qui recouvre effectivement différentes réalités. L’idée de cette émission aujourd’hui — c’est une première émission sur le sujet parce qu’en fait on y reviendra, évidemment, sans doute avec d’autres personnes — c’est de faire un petit peu un tour d’horizon des activités que vous pouvez faire avec les types de publics, vos retours d’expérience, avec deux structures différentes, une, la Cité des sciences et de l’industrie qui est à Paris à la et la Bibliothèque francophone multimédia qui est à Limoges.
J’ai envie de vous poser comme question : quel type de public accueillez-vous ? Est-ce que vous accueillez tout public, de 7 à 77 comme on dit, ou est-ce que vos structures sont réservées à un certain type de public ? Manuela.

Manuela Geirnaert : Nous, en tant que bibliothèque municipale, forcément on accueille tous les publics, quel que soit l’âge, quels que soient les besoins. C’est vrai que nous, au niveau du numérique, sur les initiations aux débutants on va dire qu’on accueille beaucoup de personnes âgées, mais pas uniquement ; on peut aussi accueillir des migrants primo-arrivants, des gens qui n’ont aucune formation, qui ont quitté le système scolaire assez tôt et qui n’ont pas de formation, pas de bagage en numérique et qui en ont besoin pour pouvoir travailler.
Après, sur ce qui est accompagnement de tous les jours, c’est pareil, ça dépend, on a vraiment de tout. Et puis sur les animations, on a des animations qui sont plus dédiées aux jeunes, du style Coding Goûters, ce genre de choses, ou, pour les adultes, ça va être des ateliers thématiques d’acquisition de certaines compétences, ça peut-être sur la photo numérique, ça peut être, je ne sais pas, bien protéger son ordinateur, des thèmes très variés. Donc on accueille tout public.

Frédéric Couchet : Est-ce qu’il y a un âge minimal ou il n’y a pas d’âge minimal ?

Manuela Geirnaert : Non, il n’y a pas vraiment d’âge minimal. La seule chose c’est qu’il faut que les enfants en dessous de sept ans soient accompagnés par un adulte. Nous, à la bibliothèque du centre-ville – parce que moi je suis responsable du pôle Multimédia de la bibliothèque centre-ville –, on accueille relativement peu de jeunes, on a plutôt un public adulte, sauf sur les animations. Par contre, parce qu’il y a aussi des espaces multimédias dans des annexes à Limoges, plutôt dans les quartiers, et mes collègues accueillent plus de jeunes, sur de l’aide aux devoirs, sur des jeux, sur de la recherche internet.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Carrefour numérique ? Mélissa.

Mélissa Richard : Eh bien on va accueillir pas mal de publics différents. Après, c’est pareil, ça dépend des moments. Par exemple en ce moment ce sont des vacances scolaires, donc on a des animations qui sont un peu différentes de ce qu’on fait d’habitude, qui sont ouvertes à partir de huit ans. Par contre, quand on parle du fab lab, on a petit panneau à l’entrée qui dit que ce n’est accessible aux personnes qu’à partir de 15 ans. En réalité, les plus jeunes peuvent également venir, mais il faut qu’ils soient accompagnés d’un adulte ou d’une adulte. En fait, toutes seules ce sont les personnes à partir de 15 ans parce qu’on a des machines, il y a des outils, c’est un espace où il y a besoin d’être un peu responsabilisé. Ensuite l’espace est un espace qui est ouvert dans la Cité des sciences et de l’industrie, en fait on a pas mal de public de passage et là, pendant les vacances par exemple, on a beaucoup de familles.
Dans le fab lab, il y a un espace de fabrication avec des machines à commande numérique et de l’outillage plus classique, donc c’est un atelier et là on va avoir, eh bien ça dépend des moments de la journée. On accueille des groupes. On a pas mal de groupes de jeunes qu’on accueille, ce qu’on appelle des groupes constitués qui viennent avec leurs animateurs et animatrices, et ensuite on a des personnes qui viennent individuellement pour du loisir, pour travailler.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans les deux cas, je suppose que l’accès aux activités, pour la plupart, est gratuit et qu’il y a certains ateliers qui doivent être peut-être sur réservation et sur abonnement ? Mélissa.

Mélissa Richard : Tout est gratuit dans les activités qu’on propose. Il y a certaines initiations pour lesquelles il faut s’inscrire. On n’a pas de système d’abonnement à part pour une machine, mais c’est un point de détail, et on essaye au maximum de ne pas demander de réserver à l’avance, notamment pour les ateliers des vacances où, en fait, c’est souvent sur un coup tête.

Frédéric Couchet : Que les gens viennent. Et côté Bibliothèque francophone multimédia ?

Manuela Geirnaert : Effectivement tout est gratuit aussi, par contre on demande une inscription pour ce qui est ateliers et pour les animations ça dépend, mais si le nombre de places est limité parce qu’on a des ateliers où, effectivement, on ne va pas pouvoir prendre plus de six ou huit enfants, dans ces cas-là on prend aussi une inscription. Je pense aussi qu’il y a moins de passage, ce n’est pas comme la Cité des sciences. Nous, en général pour les animations – sauf si vraiment ce sont des animations où on peut accueillir beaucoup de public, où là on ne demande pas d’inscription, sinon on demande des inscriptions et pour les ateliers aussi.

Frédéric Couchet : D’accord. J’invite clairement les personnes qui nous écoutent à aller sur les sites : pour le Carrefour numérique c'est cité-sciences.fr et vous retrouverez le lien directement parce que sinon l’URL est beaucoup trop longue, et côté Bfm c’est bfm.limoges.fr et vous retrouverez toutes les activités. On ne va pas forcément toutes les détailler aujourd’hui, on va rentrer dans certaines, notamment les ateliers et, comme Mélissa a parlé tout à l’heure du fab lab, et aussi des événements, de certains évènements qui sont récurrents, soit annuels soit mensuels.
On va peut-être commencer par le début en fait, les postes en libre accès, notamment la Bibliothèque francophone multimédia a des postes qui sont en libre accès sans doute pour faire des démarches, pour se balader sur Internet. Quelle est la place du logiciel libre dans ces postes en libre accès ?

Manuela Geirnaert : Déjà ces postes sont sous un système GNU/Linux : on a des postes sous Debian, on a des postes sous Ubuntu et les logiciels qui sont dessus sont tous des logiciels libres, du navigateur jusqu’au logiciel de bureautique, au logiciel de traitement d’image. On n’a que du logiciel libre sur nos postes en accès libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que côté Cité des sciences il y a des postes en accès libre sur le même principe, je ne me souviens plus.

Mélissa Richard : Au Carrefour numérique, parce que pour le reste de la bibliothèque c’est particulier.

Frédéric Couchet : On va dire au Carrefour numérique.

Mélissa Richard : Au Carrefour Numérique on a des postes qui sont en accès restreint. En fait ils sont en accès libre mais pour les personnes qui viennent concevoir des fichiers pour les utiliser au fab lab, ce n’est effectivement pas tout le monde. Ils tournent sous un double boot donc Windows et Ubuntu.

Frédéric Couchet : On explique double boot : ça permet, en fait, de démarrer la machine soit sur un environnement, soit sur un autre, donc soit sur Microsoft Windows, soit sur un environnement libre.

Mélissa Richard : En l’occurrence nous c’est Ubuntu. Par contre, quel que soit le système qu’on utilise, les logiciels qu’on met à disposition – sur Windows il y a des logiciels de base qui ne sont pas libres –, les logiciels de conception qu’on utilise sont libres.

Frédéric Couchet : D’accord. On va faire revenir sur la partie conception. Est-ce qu’il y a des formations ou des initiations, des accompagnements on va dire sur les outils de bureautique de base, c’est-à-dire la bureautique, LibreOffice, le navigateur internet, les courrielleurs. Est-ce que, dans vos structures, vous faites ce genre de formation on va dire vraiment de base, c’est-à-dire pour la personne qui ne connaît pas forcément l’informatique ou qui découvre, qui veut se former, donc une initiation basique. Manuela ?

Manuela Geirnaert : Nous on propose un cycle débutants. Je dois avouer que pour le cycle débutants, donc la découverte de l’ordinateur, on propose quand même l’environnement Windows dans cette formation de débutants parce qu'en fait, après, les gens utilisent leur machine et, en règle générale, sont sous Windows. Par contre, dès qu’on aborde Internet, le traitement de texte ou éventuellement le tableur, on le fait sur LibreOffice ou sur Firefox.

Frédéric Couchet : C’est donc LibreOffice et Firefox installés sur Windows. C’est ça ?

Manuela Geirnaert : Oui.

Frédéric Couchet : C’est important à préciser parce que pour les gens qui découvrent le monde du logiciel libre, ces logiciels libres sont ce qu’on appelle multiplateformes, c’est-à-dire qu’ils fonctionnent à la fois sur environnement Windows et pour certains sur environnement Mac, mais également sur environnement libre. C’est une façon de découvrir facilement, en tout cas sans changer son système, des logiciels libres, que ce soit LibreOffice, VLC ou par exemple Thunderbird pour le courrier électronique, et ensuite, dans le cas d’une migration vers un système libre, on retrouve les mêmes outils. Ça c’est effectivement important.
Est-ce qu’à la Cité des sciences ce genre d’animation de base existe ou est-ce que vous ne faites pas ça ? Au carrefour numérique, je précise.

Mélissa Richard : En fait on ne le fait plus. Depuis que le fab lab et le living lab ont été créés, donc en 2013, tout ce qui correspond en fait à ce que fait Manuela actuellement, nous on ne le fait plus ; on le faisait avant, mais maintenant c’est terminé. Les initiations de base sur les logiciels, l’initiation à l’informatique de manière générale et au logiciel libre plus particulièrement, on ne le fait plus.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise qu’il y a beaucoup d’espaces publics numériques, qu’ils soient labellisés espaces publics numériques ou qu’ils soient bibliothèques multimédias, qui font des initiations basées dur du logiciel libre, souvent avec un double amorçage dont on parlait tout à l’heure. En région parisienne, notamment, il y a la Cyberbase de Saint-Denis, il y a Pierrefitte-sur-Seine avec l’Arobase qui est une structure historique qu’on aura sans doute l’occasion d’inviter. On retrouve souvent ce genre de pratique, de découverte de l’informatique à partir de l’informatique libre.
On va parler un petit peu des ateliers un peu plus au niveau au-dessus, on va dire, et notamment on va commencer par le Carrefour numérique où vous faites beaucoup de choses. Tu as cité tout à l’heure le fab lab. Déjà est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qu’est un fab lab et ce qu’on trouve dans ce fab lab. Mélissa.

Mélissa Richard : Fab lab c’est une contraction de l’anglais – je n’aurais pas dû dire ça parce que je vais avoir un accent terrible – fabrication laboratory, donc laboratoire de fabrication. En gros c’est un atelier, c’est un grand garage, on a plein d’outils. On a notamment des machines à commande numérique, c’est ce qui caractérise le fab lab, par exemple des imprimantes 3D, des découpeuses laser, une brodeuse à commande numérique. On a aussi de l’outillage manuel ou plus classique, des marteaux, des scies, etc. On a des machines à coudre qui, elles, sont tout à fait manuelles. L’idée c’est que l’espace est ouvert à tout le monde, avec les restrictions d’âge que je donnais tout à l’heure, pour venir apprendre à utiliser ces machines.
Comme ce sont des machines à commande numérique, il faut pouvoir maîtriser un petit peu avant la partie numérique et en fait, ce qui nous intéresse, c’est d’avoir des personnes qui viennent pour utiliser ces machines, mais justement, c’est ça qui va leur servir de prétexte, pour se mettre les mains dans le numérique. On n’a pas des gens qui sont déjà hyper-calés en informatique. On en a quelques-uns, mais globalement les personnes qui viennent sont là pour apprendre quelque chose et la fabrication numérique est un prétexte.

Frédéric Couchet : D’accord. On va revenir tout à l’heure sur les explications du lien entre les logiciels utilisés et les aspects matériels. Est-ce qu’à la Bfm de Limoges ou ailleurs à Limoges vous avez ce genre d’atelier ? Manuela.

Manuela Geirnaert : Pas pour l’instant. Le service est en train d’évoluer, comme je disais tout à l’heure. On en est en train de refaire notre projet de services et on a prévu dans notre espace un petit fab lab, mais vraiment un petit puisque l’idée c’est surtout de sensibiliser, de faire découvrir, pas forcément de développer d’énormes projets sur notre structure. Normalement il devrait se mettre en place soit fin 2020, soit début 2021, pour des questions de travaux, de commande de matériel. L’idée c’est d’avoir, en fait, différents types d’usage dans notre espace. Actuellement on a donc déjà l’accès à Internet et à des logiciels classiques avec de l’accompagnement aux usagers. On a ouvert récemment un espace jeux vidéos axé sur le retrogaming.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux expliquer ce qu’est le retrogaming ?

Manuela Geirnaert : Le retrogaming c’est le fait de jouer, éventuellement de collectionner, des vieilles consoles de jeu et de jouer sur des vieux jeux. On a trois télés, on a acheté des consoles qui émulent les anciennes consoles et qui sont déjà préchargées de jeux. Donc on a une dizaine de consoles, ça fait à peu près 400 jeux. L’idée c’est de faire découvrir la culture jeux vidéos et puis, autour, de faire vivre cet espace aussi par des interventions sur tous les aspects du jeu vidéo, que ce soit la création à des aspects plus sociologiques.
Donc le dernier espace ce sera le fab lab avec un espace de travail collaboratif : mettre en place un travail collaboratif et développer, en fait, l’idée du faire ensemble, du découvrir ensemble.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que ça correspond à une demande du public qui en a entendu parler ou c’est vous en tant qu’animateurs, animatrices, qui avez décidé de proposer ce nouvel espace ?

Manuela Geirnaert : C’est plutôt nous, même si on a déjà fait quelques présentations les années passées sur les imprimantes 3D, sur Arduino, ce genre de choses, donc, du coup, eh bien on sent quand même que ça attire du public, il y a un public pour ça. Donc c’est essayer d’utiliser tous les leviers pour faire monter les publics en compétence ; c’est un petit peu l’idée. En fait c’est aider tout le public à comprendre et pas seulement utiliser l’informatique sans savoir ce qui se passe.

Frédéric Couchet : D’accord. Justement en parlant de fab lab, Mélissa est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment ça fonctionne, notamment entre la partie logicielle et la partie matérielle et la place du logiciel libre dans le fab lab du Carrefour numérique ?

Mélissa Richard : Comme on est dans une logique d’apprentissage et d’émancipation des personnes qui viennent chez nous au niveau de l’informatique, on a fait le choix d’utiliser des logiciels libres de manière à ce que, très basiquement, ces personnes puissent installer ces logiciels chez elles et/ou sur leur ordinateur portable. En termes de configuration, les ordinateurs pour faire la conception ne sont pas dans le même espace que le fab lab lui-même ce qui, quand on est dans une logique d’apprentissage avec les autres, est un peu problématique parce que, du coup, on peut moins discuter. Le fait d’avoir des logiciels libres, matériellement c’est déjà beaucoup plus simple s’ils peuvent les avoir sur leur ordinateur portable. Ça c’est une première chose très matérielle.
Sur les machines elles-mêmes, il y a certaines machines qui sont open source, pas libres, mais les imprimantes 3D qu’on a sont open source, donc on peut utiliser des logiciels libres pour piloter ces machines. Par contre il y en a d’autres, les découpeuses laser, elles, sont complètement propriétaires, complètement fermées donc le logiciel qui les pilote l’est aussi. Par contre, on a des utilisateurs qui se sont amusés à faire un petit script, un petit bout de code, qui nous permet d’utiliser un logiciel libre qui s’appelle Inskape, qui est un logiciel de dessin.

Frédéric Couchet : De dessin vectoriel.

Mélissa Richard : Exactement. Donc on peut faire son dessin sur ce logiciel-là et, en utilisant ce petit bout de code, l’envoyer directement au logiciel propriétaire qui pilote la découpeuse laser. Ce petit bout de code-là, qui nous facilite la vie avec l’espace tel qu’il est aménagé, on n’aurait pas pu le faire si on n’avait pas eu un logiciel libre à la base. En fait, c’est ça notre objectif : que ce soit simplement pour l’utilisation, ce dont nos utilisateurs et utilisatrices ont besoin d’utiliser comme logiciels, même si c’est juste ça, juste faire le dessin, c’est déjà bien ! Mais si, en plus, ça leur permet de s’emparer, en fait, de nos logiciels, de nos machines, c’est encore mieux puisqu’en fait ils apprennent en faisant ces bouts-là de code. Ils apprennent comment ça fonctionne, ils peuvent transmettre à d’autres personnes. C’est ça qui nous intéresse, c’est qu’un maximum de choses soient bidouillables chez nous.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que le terme « bidouillable », donc la bidouillabilité te parle, Manuela, dans tes pratiques ?

Manuela Geirnaert : Oui effectivement, peut-être. On a aussi commencé un petit peu sur certaines animations qu’on a pu proposer, on a vu que les gens aimaient quand même bien bidouiller, donc c’est aussi ça, en fait. Quand je parlais d’espace collaboratif tout à l’heure, c’est un peu ça, c’est que les gens essayent des choses, puis échangent entre eux et essayent d’avancer ensemble. C’est ce qu’on essaye de faire aussi un petit peu avec les Coding Goûters. On faisait essentiellement des Coding Goûters pendant les vacances scolaires.

Frédéric Couchet : Manuela, est-ce que tu peux rappeler ce qu’est un Coding Goûter ?

Manuela Geirnaert : Un Coding Goûter, comme on le pratique en tout cas, c’est un moment où on a un groupe, plutôt des enfants, et on leur propose une activité ludique autour de l’apprentissage du code, de la programmation. Et puis il y a un temps, à la fin, pour un goûter à partager tous ensemble.

Frédéric Couchet : D’accord. J’en profite pour signaler qu’on a consacré une émission aux Coding Goûters, je n’ai pas la date en tête, mais vous retrouverez le podcast sur causecommune.fm et sur april.org. Tout à l’heure Mélissa parlait notamment des personnes âgées ; on a consacré une récente émission, début octobre, sur la question des personnes âgées et du logiciel libre. Pareil, vous retrouverez le podcast sur causecommune.fm et sur april.org.
Je tentais désespéramment de signaler à la régie qu’on allait faire une pause musicale. On va faire une pause musicale et on va retrouver juste après nos invitées.
Nous allons écouter – c’est un choix de Mélissa Richard, c’est peut-être la troisième ou la quatrième fois qu’on écoute ce morceau, mais on ne s’en lasse pas effectivement – Agger de l’album Break A Leg par Stone From The Sky et on se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Pause musicale : Agger par Stone From The Sky.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Agger de l’album Break A Leg par Stone From The Sky, disponible sous licence libre Art libre et nous avons interviewé Dimitri je crois, si je me souviens bien de son prénom, il y a 15 jours, de Stone From The Sky. Vous retrouverez le podcast sur le site de l’April, april.org. et sur causecommune.fm. En tout cas c’est de la très bonne musique et merci Mélissa de nous donner l’occasion d’écouter à nouveau ce morceau.
Je vais en profiter pour répondre à la première question du quiz. Je vous demandais, en début d’émission : lors de l’émission du 15 octobre 2019 nous étions avec le collectif Regards Citoyens. Vous connaissez sans doute les sites NosDéputés.fr et NosSénateurs.fr proposés par le collectif et la question était : sauriez-vous citer le nom de leur autre site qui facilite le suivi des travaux législatifs. Ce site c’est lafabriquedelaloi.fr. Je vous invite à aller voir ce site qui permet de suivre les travaux législatifs avec notamment l’évolution des textes, les amendements.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous allons continuer notre discussion sur les espaces publics numériques à prendre dans le sens large et les logiciels libres, mais pas que les logiciels libres. Juste avant la pause musicale, Manuela, de la Bibliothèque francophone multimédia, tu as prononcé le mot Arduino et je n’ai pas réagi. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est Arduino et à quoi ça sert ?

Manuela Geirnaert : C’est une carte qui permet de programmer, en fait ça permet de faire de la domotique. C’est vraiment de l’électronique.

Frédéric Couchet : C’est une carte programmable, il faut préciser.

Manuela Geirnaert : C’est une carte programmable, oui c’est ça. On l’avait montrée effectivement pour l’utiliser en domotique. Après je ne sais plus ce qu’on avait pu faire avec. On avait tenté de faire un compteur pour nos propres besoin ; on l’avait fait avec des usagers.

Frédéric Couchet : En tout cas c’est quelque chose qui est très utilisé. Au Carrefour numérique je crois que vous l’utilisez aussi, même si vous n’avez pas d’initiation, Mélissa.

Mélissa Richard : En fait on prête des cartes et les composants qui vont avec, etc., mais effectivement on n’a pas d’initiation dédiée, en tout cas plus sur la programmation de cette année.

Frédéric Couchet : On va préciser que ce sont des cartes matérielles libres. Vous allez sur un moteur de recherche, vous cherchez « Arduino » et vous trouverez les références.
Avant la pause, Mélissa, tu parlais du fab lab et notamment des aspects logiciel et matériel et, avant l’émission, tu me parlais des outils de modélisation 3D, notamment le fait que vous avez trois logiciels de modélisation 3D différents et pour des usages différents. Est-ce que tu pourrais nous expliquer un petit peu ?

Mélissa Richard : Il y en a plus, mais effecctivement on utilise beaucoup trois logiciels de modélisation 3D libres : Blender, FreeCAD et Open SCAD. On peut arriver à la modélisation 3D par plusieurs aspects, dont trois aspects qui sont couverts par ces logiciels-là, ce qui permet, en fait, de s’adapter à la façon qu’on a de concevoir les choses.
Blender est un logiciel qui fait énormément de choses, mais dans le cas de l’impression 3D spécifiquement, en fait on va manipuler l’objet directement. C’est-à-dire que quand on arrive dans l’interface de Blender on a un cube et ensuite on va déformer ce cube en touchant directement l’objet avec sa souris. C’est vraiment du modelage à proprement parler.
FreeCAD, ça va être plus une logique pour des personnes qui ont par l’exemple l’habitude du dessin industriel, c’est-à-dire qu’on va rentrer des cotes. En fait on ne modèle pas autant, je vais dire, que dans Blender.
Open SCAD c’est plus dans une logique de code, une logique mathématique. En fait c’est un logiciel paramétrique, donc on lui donne une fonction et des paramètres. Si on veut on veut un cube, on lui dit « je veux un cube » et, entre parenthèses, de tant de millimètres d’arête. On rafraîchit la page, on lui demande un aperçu et là pouf !, on a un cube qui apparaît. En fait, on ne fait que taper du texte.
Ce sont trois possibilités pour accéder à la modalisation 3D qui dépendent vraiment des gens : il y a des gens à qui le modelage parle tout de suite ; il y en a d’autres qui ont une logique plus mathématique et qui, du coup, sont très contents avec un logiciel paramétrique. Donc ça, ça nous permet d’avoir une bonne palette à proposer à nos utilisateurs et utilisatrices.

Frédéric Couchet : D’accord. Précisons que ces trois logiciels – Blender, FreeCAD et Open SCAD – sont des logiciels libres. On a parlé de Blender dans une précédente émission Libre à vous !. Les podcasts sont disponibles, comme je le dis à chaque fois.
On va poursuivre notre discussion et, pour être sûrs de ne pas oublier, on va passer à la partie évènements. Là on a vu la partie ateliers, certaines activités, mais une spécificité de la Bibliothèque francophone multimédia et du Carrefour numérique ce sont les évènements récurrents.
On va commencer par un évènement important de la Bibliothèque francophone multimédia par rapport au logiciel libre c’est le Mois du Logiciel Libre qui a lieu chaque année en mars, je ne sais pas depuis combien de temps mais Manuela va nous le dire. Manuela est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce qu’est ce principe de Mois du Logiciel Libre à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges ?

Manuela Geirnaert : Le Mois du Logiciel Libre est un évènement qu’on a mis en place en 2005, il y a quand même pas mal de temps. À l’époque on devait le faire au mois de novembre, je pense qu’on a changé à un moment donné pour que l’évènement ait lieu en même temps que la Semaine du libre ou Libre en Fête, je ne sais plus.

Frédéric Couchet : C’est Libre en Fête, autour du 20 mars.

Manuela Geirnaert : Au mois de mars. Du coup on avait déplacé du mois de novembre au mois de mars pour profiter de la communication autour de cet évènement et pour pouvoir inscrire nos propositions dans Libre en Fête.
En fait au début, quand on l’a créé, c’était en partenariat avec une association locale d’utilisateurs de logiciels libres et on avait décidé, dès le début, de faire un mois avec différents types d’évènements : des ateliers pour le public, donc des ateliers de découverte parfois un petit peu plus poussés et puis des évènements un peu plus importants avec généralement une conférence sur un thème autour des logiciels libres ou des ressources libres et des présentations. Ça dépend des années, en fait. Donc on continue depuis 2005.

Frédéric Couchet : Cette année, si je me souviens bien, la conférence, j’essaye de vérifier mais peut-être que tu vas pouvoir me le dire, c’était une conférence de Stéphane Bortzmeyer ?

Manuela Geirnaert : Oui, c’est ça, sur « Vie privée et Internet ». Oui, c’était ça.

Frédéric Couchet : Et vous avez aussi affiché l’Expolibre proposée par l’April à la Bibliothèque. Donc depuis 2005 vous faites ça. Est-ce que votre public habituel vient à cet évènement et, autre question, est-ce que vous accueillez un nouveau public qui vient spécifiquement pour cet évènement ?

Manuela Geirnaert : Oui, tout à fait. C’est oui pour les deux, en fait. Notre public est curieux, en général. Ça nous permet de sensibiliser des personnes qui ne l’auraient peut-être pas été autrement pendant cet évènement et ça nous permet aussi de faire venir des publics qui sont plus férus d’informatique donc qui n’ont pas forcément besoin de venir à l’espace multimédia mais qui, du coup, sont intéressés par ces problématiques et qui viennent.

Frédéric Couchet : D’accord. J’en profite pour signaler que Stéphane Bortzmeyer a publié récemment un livre qui s’appelle Cyberstructure - L'internet, un espace politique, si je me souviens bien.

Manuela Geirnaert : C’était peu de temps avant qu’il vienne.

Frédéric Couchet : D’accord. Et qu’on a reçu dans Libre à vous ! — le podcast est également disponible — livre tout à fait passionnant.
Je vois sur le site, la version 2019 du Mois du Logiciel Libre, qu'il y a ce qu’on appelle des install-parties, des fêtes d’installation. Est-ce que tu peux expliquer ce qu’est une fête d’installation ce qui permettra, ensuite, de faire le lien avec le Carrefour numérique ?

Manuela Geirnaert : On le propose en partenariat avec deux associations, Alternatives 87 et PULLCO, qui sont des associations de promotion du logiciel libre, Alternatives 87 sur Limoges et PULLCO qui est plus sur la Corrèze. On accueille le public qui vient avec ses machines pour qu’on l’aide. En fait, les personnes viennent pour qu’on les aide à installer un système GNU/Linux sur leur machine. On a des personnes qui viennent simplement pour se renseigner, pour voir, qui ne sont pas encore prêtes à passer le pas, mais qui, ensuite, peuvent prendre contact éventuellement avec les associations pour le faire, mais on a des gens qui vont vraiment installer ce jour-là Linux sur leur machine. Cette année, en mars, on a accueilli 39 personnes sur cet évènement ; ça fait quand même pas mal de personnes qui se sont intéressées à la question, donc qui sont vraiment prêtes ou qui ont passé le pas.

Frédéric Couchet : Très bien. Mélissa, au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie il y a un évènement qui s’appelle le Premier samedi dans lequel il y a aussi une fête d’installation, mais pas que. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce Premier samedi ? Comment ça se passe ?

Mélissa Richard : En fait on va avoir plusieurs associations qui s’occupent, finalement, de cette après-midi-là, donc le premier samedi du mois. On prête les espaces, on accueille. Dans les associations qui viennent, il y a Parinux qui est l’association des utilisateurs de logiciels libres de Paris Île-de-France. Eux vont effectivement s’occuper de l’install-partie et ensuite on va accueillir Wikimédia qui va faire des initiations à la contribution sur Wikipédia, entre autres choses, mais c’est le gros de leur activité. On a Franciliens qui vient également. Franciliens c’est un fournisseur d’accès associatif à Internet en Île-de-France. Eux viennent parler de l’auto-hébergement, ils viennent parler de la Brique Internet, un petit dispositif qui permet d’héberger ses propres services internet chez soi.

Frédéric Couchet : Donc héberger un serveur web, son courriel par exemple.

Mélissa Richard : Son courriel, souvent c’est l’exemple qu’on donne. Et on a le BUG, le Blender User Group, qui vient justement parler Blender. Maintenant les personnes qui viennent assister à cet après-midi-là commencent à être bien avancées. Du coup avant on se reposait un peu sur eux pour faire l’initiation qu’on n’avait pas forcément la possibilité de faire, mais là ils sont bien avancés et surtout ils ne parlent pas que de fabrication numérique, ils vont parler aussi film d’animation, enfin toutes les possibilités de ce logiciel.

Frédéric Couchet : D’accord. Précisons d’ailleurs que Blender a publié récemment un nouveau film d’animation très court 10/12 minutes — je ne me souviens plus du tout du titre, mais on le retrouve sur le site blender.org [Spring, NdT]— qui est fait avec l’outil de modélisation libre Blender.
Le Carrefour numérique héberge, quelque part, l’évènement, c'est-à-dire propose l’accès, donc pareil, accès libre comme pour tous les autres évènements, donc c’est organisé par les groupes locaux.

Mélissa Richard : Ils s’organisent entre eux et nous on leur donne l’espace, les moyens techniques. D’ailleurs je ne l’ai pas dit, il y a quelques conférences, des mini-conférences qui sont aussi proposées par les bénévoles de ces associations-là. C’est quelque chose qu’on fait en collaboration depuis plus d’une dizaine d’années, j’essayais de calculer tout à l’heure.

Frédéric Couchet : Je précise d’ailleurs que dans la partie fête d’installation et je demanderai à Manuela si c’est aussi le cas, il n’y a pas que sur ordinateur on va dire mobile, il y a aussi les téléphones mobiles, c’est-à-dire l’installation soit d’applications libres sur téléphone mobile, soit l’installation d’un système entièrement libre, enfin presque entièrement libre parce que c’est compliqué sur un téléphone mobile que ce soit Replicant ou LineageOs. Il y a aussi ces ateliers-là pour les personnes qui ne veulent pas passer le pas de le faire elles-mêmes ou qui ne peuvent pas acheter un téléphone qui est déjà préinstallé. Il y a cet aspect atelier.
Avant de passer la parole à Manuela je vais répondre à la deuxième question vu que c’est justement en lien avec le Premier samedi. La deuxième question que j’ai posée tout à l’heure dans le quiz c’était : une de nos invités, en l’occurrence Mélissa Richard, travaille aujourd’hui au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie. La question était : de quand date le premier évènement logiciel libre d’importance à la Cité des sciences. Eh bien ça date d’octobre 1998 et c’était organisé notamment par l’April et d’autres structures, pendant une semaine ; on avait appelé ça la Semaine du Libre. J’en profite pour faire un petit coucou aux personnes qui étaient à l’époque à la Cité, certaines y sont encore, Jérémie Nestel, Pierre Ricono et Thomas Séchet ; c’était il y a plus de 20 ans ce premier évènement et ça se poursuit. Tout à l’heure Mélissa disait qu’on essayait de calculer la date du Premier samedi, c’est qu’après cet évènement on avait lancé les dimanches du Libre, ensuite c’est passé au samedi. C’est une longue histoire le logiciel libre à la Cité des sciences et de l’industrie.
Manuela, dans vos fêtes d’installation, est-ce que dans les demandes du public il y a des demandes autour de la téléphonie mobile ? Ou est-ce que, pour l’instant, c’est un sujet qui n’est pas traité ?

Manuela Geirnaert : Non, pas tellement. On peut avoir des demandes à l’espace multimédia. D’ailleurs il me semble que cette année on avait fait un atelier sur des applications libres sous Android que les animateurs de l’espace avaient animé eux-mêmes, mais pendant l’install-partie, non. Je dois avouer que je ne sais pas trop si les bénévoles à des associations… On n’en a pas encore discuté avec eux. C’est vrai qu’on pourrait en discuter. Jusqu’à présent nous c’est vraiment sur du matériel PC.

Frédéric Couchet : D’accord. Ta remarque par rapport aux groupes locaux est intéressante parce que ça me fait penser qu’il y a beaucoup d’espaces publics numériques, que ce soit bibliothèques ou autres, qui s’appuient sur des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices locaux, évidemment le Carrefour numérique avec notemment Parinux, vous avec Alternative 87 et PULLCO. Inversement, j’encourage les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices à aller voir ces espaces, que ce soit espaces publics numériques, cyberbases ou autres, pour proposer de la compétence, que ce soit de la compétence évidemment sur ordinateur de type PC, sur de la téléphonie mobile ou simplement sur des outils de bureautique parce que ce genre de partenariat est important. Tout le monde en profite, ça permet de sensibiliser, d’initier des gens à des pratiques collaboratives. Ça fait combien d’années que vous travaillez d’abord avec Alternative 87 et PULLCO ?

Manuela Geirnaert : Alternative 87 c’est depuis la mise en place du premier Mois du Logiciel Libre donc depuis début 2005. PULLCO ça doit faire deux ou trois ans, je dirais. On les a rencontrés un peu par hasard, je ne sais plus, je crois que c’était sur une démonstration d’imprimante 3D qu’on avait organisée à la Bibliothèque. Il y avait quelqu’un de PULLCO qui était venu assister, du coup on leur a proposé de participer aussi à notre install-partie. Ça nous permet d’avoir plus de monde donc d’accueillir plus facilement les usagers sur un temps qui est quand même très prenant. C’est vrai qu’installer sur une machine ça prend quand même du temps, donc plus il y a de volontaires, de bénévoles, plus on peut accueillir de gens. Ça s’est très bien passé dès la première année. On continue maintenant avec eux aussi.

Frédéric Couchet : D’accord. Super !

Manuela Geirnaert : Nous on a petit peu le souci d’être excentrés. C’est vrai que sur Paris il y a quand même plus de ressources disponibles, je dirais, de personnes sur lesquelles s’appuyer, d’associations sur lesquelles s’appuyer. C’est vrai que pour nous, c’est un petit peu la difficulté, il faut vraiment faire avec les gens qui sont autour et parfois ça manque, parce que c’est vrai qu’il y a des choses qu’on aimerait faire et on ne va pas forcément trouver les compétences autour et les gens ne vont pas forcément vouloir venir jusqu’à Limoges pour participer à une démonstration ou à un atelier ou à des choses comme ça.

Frédéric Couchet : Tout à fait. C’est vrai. Tout à l’heure Mélissa parlait de La Quadrature, souvent La Quadrature, Framasoft ou l’April, on est sollicités pour des interventions et on ne peut pas être partout. Framasoft ils sont beaucoup à Lyon et ailleurs, La Quadrature en partie à Paris et l’April aussi. C’est pour ça que j’encourage vraiment les gens qui sont dans les régions à aller voir les espaces publics ou les bibliothèques pour proposer leurs services et pour aider parce que c’est comme ça qu’on progresse. C’est vrai qu’à Paris il y a beaucoup plus de ressources, on va dire, globalement.
On va continuer un petit peu la discussion et peut-être aborder d’autres sujets, notamment d’autres activités. L’un qui n’est pas directement lié au logiciel libre mais qui est dans la même philosophie : Mélissa, j’ai vu qu’ à la Cité des Sciences vous aviez un repair café pour apprendre à réparer des objets. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est un repair café, s’il te plaît ?

Mélissa Richard : En fait, Repair Café c’est une association qui ne dépend pas du Carrefour numérique, qui est quelque chose de complètement à part, qui propose aux gens, souvent c’est sur des samedis après-midi, d’apporter des objets à réparer. Ils ont des bénévoles qui réparent ces objets. On a accueilli un premier repair café ça doit faire trois ans maintenant et de là, en discutant avec les bénévoles, on s’est dit que ça pourrait être intéressant d’utiliser le fab lab et de rester dans cette démarche d’apprentissage par soi-même et avec les autres, en faisant de la co-réparation. C’est-à-dire qu’au lieu d’apporter un objet qu’on fait réparer par quelqu’un, on vient apprendre à diagnostiquer une panne et à réparer des choses, d’ailleurs pas forcément son propre objet. Il arrive qu’on ait des sessions de co-réparation où on n’a pas d’objets à réparer puisque personne n’a rien apporté ; les gens viennent pour apprendre, mais finalement on n’a pas grand-chose à réparer à ce moment-là. On fait ça les mardis de 17 heures à 18 heures 30. Idéalement c’est sur inscription, mais il y a toujours un petit peu de place disponible, donc tous les mardis sauf pendant les vacances scolaires de la zone de Paris. L’idée c’est de venir apprendre à réparer des choses, une bouilloire. Qu’est-ce que j’ai réparé ? Mon ampli. Plein de choses, tout ce qui est transportable.

Frédéric Couchet : Tout ce qui est transportable et en utilisant aussi les ressources du Carrefour numérique, notamment l’imprimante 3D.

Mélissa Richard : L’imprimante 3D tourne beaucoup à ce moment-là.

Frédéric Couchet : Ce qu’on appelle la réparabilité, ce qui est important. Je rappelle aux personnes qui nous écoutent qu’il y a actuellement un projet de loi autour de l’économie circulaire qui va arriver l’Assemblée nationale bientôt et je pense que mon collègue Étienne Gonnu fera un point peut-être la semaine prochaine ou dans deux semaines par rapport aux amendements qui ont été votés en première lecture au Sénat. La réparabilité est un point essentiel et la notion d’obsolescence et d’obsolescence programmée aussi malheureusement. Je vous invite à écouter l’émission qu’on a déjà consacrée à ce sujet-là, à l’économie circulaire et à l’obsolescence programmée. Pareil, les podcasts sont disponibles sur april.org et sur causecommune.fm.
Manuela, est-ce que vous avez ce genre de demande, ce genre d'atelier, justement autour de la réparabilité ou est-ce que, pour l’instant, c’est quelque chose qui… ?

Manuela Geirnaert : Non. Pas pour l’instant. Mais c’est pareil, je pense que ça viendra plus quand on aura effectivement une partie fab lab et qu’on aura mis en place une espèce de petite communauté, en tout cas des évènements, et réussi à attirer un public qui a envie de travailler ensemble sur ce genre de choses. L’idée, quand il y aura le fab lab, c‘est vraiment d’avoir un espace – la partie fab lab c’est vraiment un espace où il n’y aura que des machines et juste à côté on a un espace qui sera vraiment un espace de travail collaboratif – où les gens fassent en fonction de leurs envies, de leurs besoins. Ça peut être effectivement pour réparer, mais ça peut être pour bricoler quelque chose de totalement nouveau, ça peut être simplement de l’apprentissage du code, ça peut être autour de la robotique puisqu’on essaie de travailler pas mal cet aspect-là avec les enfants dans les Coding Goûters et on aimerait bien continuer avec, derrière, toujours la sensibilisation au code et le fait de comprendre ce qui se passe et ce qu’on fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Mélissa parlait des vacances, là on a les vacances scolaires qui sont identiques pour toutes les zones. Est-ce que vous avez des activités spécifiques dont vous souhaiteriez parler par rapport à ces vacances scolaires ? Manuela.

Manuela Geirnaert : Comme on a ouvert l’espace retrogaming il n’y a pas très longtemps, on a fait un tournoi pour les 8/13 ans, un tournoi de Super Mario Kart sur des Super NES [Super Nintendo Entertainment System]. Ça s’est bien passé, ils étaient contents. La semaine prochaine on a proposé aux enfants de participer à la décoration de l’espace. Donc ils vont participer à un atelier Pixel Art avec des perles à repasser et on essaie de leur faire comprendre le principe, enfin on essaye de combiner ça avec une sensibilisation au binaire. Donc il y avait deux propositions pendant les vacances scolaires pour les enfants.
On a fait aussi une Code Week. Oui, on a fait quelque chose pour la Code Week samedi dernier, un parcours d’énigmes numériques.

Frédéric Couchet : C’est quoi la Code Week ?

Manuela Geirnaert : La Code Week c’est une semaine de sensibilisation au code informatique ; là, en l’occurrence, ça a duré quinze jours. C’est un évènement européen. On s’est inscrits dedans pour un parcours d’énigmes numériques, en fait c’était une sorte d’enquête à faire en famille qui mêlait binaire – il fallait qu’ils traduisent du binaire –, il y avait un petit programme à faire pour faire avancer des robots Thymio qui permettait de découvrir d’autres indices et, dernière étape, c’était avec une carte Touch Board qui permet de faire des sons en reliant des objets avec des fils électriques et en programmant des sons à l’avance. Tout ça leur permettait de découvrir un livre qu’il fallait protéger des robots.

Frédéric Couchet : D’accord. Mélissa, tu me disais tout à l’heure avant l’émission que, dans les parties vacances scolaires, tu avais un atelier sur les femmes scientifiques et techniciennes. C’est ça ?

Mélissa Richard : Oui. C’est un jeu de chronologie. On a des fiches, il faut replacer dans l’ordre chronologique les femmes scientifiques et techniciennes à travers les époques. C’est un jeu qu’on a adapté et l’adaptation est sous licence libre, elle est téléchargeable sur notre site. Donc on fait deux ateliers pendant les vacances, je n’ai plus les dates exactes, autour de ce jeu-là et on a deux autres ateliers : un autour de comment utiliser les ressources du fab lab pour rendre des jeux de société accessibles. Là on essaie plutôt de focaliser sur les personnes aveugles ou malvoyantes.

Frédéric Couchet : Donc les personnes en situation de handicap ?

Mélissa Richard : Oui. Là on essaie spécifiquement sur le handicap visuel, mais l’idée c’est de voir ce qu’on a déjà pu faire et de réfléchir avec le public sur comment on pourrait faire autrement. On a un dernier atelier autour de la réutilisation de sacs plastique pour faire des petites pochettes pour protéger par exemple des carnets, des passeports, des choses comme ça.

Frédéric Couchet : D'accord. Excellent. Une petite dernière question parce que la fin du sujet approche. On a diffusé de la musique libre tout à l’heure. Est-ce que vous avez des actions, des activités autour de la musique, plus précisément de la musique libre, que ce soit autour du Carrefour numérique ou à la Bfm. On va commencer par le Carrefour numérique.

Mélissa Richard : On en a eu, je pense que ça va revenir. Notre collègue qui est féru de musique est actuellement en congé paternité. On a eu des initiations à Audacity. Au moment de la Fête de la musique on essaye souvent d’avoir des activités autour de la musique et du coup, comme on utilise des logiciels libres, ça va avec.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Bibliothèque francophone multimédia de Limoges ? Manuela.

Manuela Geirnaert : Nous, en fait, on a une borne de contenus libres. Les gens peuvent récupérer sur clef USB du contenu libre, ça va d’une distribution Linux à des livres numériques ou à de la musique libre. On a ça et on a en projet, là on n’a pas trop le temps, mais on ne va pas tarder à le développer, une BiblioBox pour permettre, pareil, la récupération de contenus libres mais par Wifi, que les usagers puissent récupérer des contenus libres ; on travaille aussi cet aspect-là.

Frédéric Couchet : Écoutez, super. Est-ce que vous avez un mot de conclusion, une annonce à faire sur ce sujet-là ou autre ? Mélissa Richard pour le Carrefour numérique.

Mélissa Richard : Oui. Le prochain gros évènement : l’Ubuntu Party pour découvrir le système d’exploitation Ubuntu les 16 et 17 novembre au Carrefour numérique.

Frédéric Couchet : Normalement nous y serons présents pour une conférence autour de l’émission. J’en profite pour saluer Charlotte et Olive qui animent l’émission Dissonances sur radio Cause Commune le lundi.
Et de ton côté Manuela ?

Manuela Geirnaert : Nous, en gros évènement, ce sera le prochain Mois du Logiciel Libre qui aura lieu au mois de mars 2020.

Frédéric Couchet : D’accord. J’espère qu’il y aura du monde. En tout cas je vous remercie toutes les deux de votre présence. Comme je l’ai dit tout à l’heure, il y a un lien particulier entre l’April et le Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie parce que le premier gros évènement qu’on a organisé c’était au Carrefour numérique et, depuis, la place du logiciel libre s’est étendue et très largement. Et Limoges qui fait notamment depuis 2005 le Mois du Logiciel Libre et, en plus, à titre familial, j’ai des liens avec Limoges, donc je suis très content de votre intervention.
C’était Manuela Geirnaert qui est responsable du pôle Multimédia de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges. Merci Manuela de ta participation.

Manuela Geirnaert : Merci à vous.

Frédéric Couchet : Et Mélissa Richard, médiatrice numérique au Carrefour numérique, Cité des sciences et de l’industrie. Merci Mélissa.

Mélissa Richard : Merci à toi.

Frédéric Couchet : Bonne journée à toutes les deux.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter All The Regrets par Loik Brédolèse. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Pause musicale : All The Regrets par Loik Brédolèse.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter All The Regrets par Loik Brédolèse, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème « Google est ton ami »

Frédéric Couchet : Le sujet suivant c’est la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame qui est bénévole à l’April et qui m’a envoyé le thème du jour. Le thème du jour c’est « Google est ton ami ».

Vincent Calame : Oui, quand j’ai envoyé ce sujet à Isabella et à l’équipe de l’émission, Isabella m’a demandé en plaisantant si je n’avais pas oublié le point d’interrogation à la fin de ma phrase. C’est sûr que la volonté de Google et de ses comparses d’être présents partout dans notre vie, des téléphones aux voitures en passant par les assistants domestiques qui nous écoutent toute la journée, fait que le mot « ami » dans le cadre de « Google est mon ami » nous évoque plutôt le titre du film Harry, un ami qui vous veut du bien que le titre du livre L'Ami retrouvé.
Sur le moment je n’avais pas la volonté d’être ironique dans le choix de mon titre, pas trop ! En fait, je pensais plutôt à une époque où Google n’était pas encore devenu Alphabet qui est le nom de la maison mère actuelle et où il n’était encore que le moteur de recherche qui a fait sa célébrité. À cette époque, il y a plus de dix ans, « Google est ton ami » n’était pas une plaisanterie sur Google lui-même, mais plutôt une pique qu’on utilisait pour taquiner son interlocuteur.

Frédéric Couchet : On va peut-être préciser, pour les personnes qui ne connaissent pas, que Harry, un ami qui vous veut du bien c’est, en fait, un film de 2000 où Michel retrouve par hasard un ami d’enfance prénommé Harry et Harry va s’insinuer progressivement dans la vie de Michel et va se mettre à éliminer toutes les personnes qui, selon lui, peuvent nuire à l’épanouissement de Michel. À l’inverse, L'Ami retrouvé est un livre de Fred Uhlman qui raconte la forte amitié entre le narrateur, fils d’un médecin juif, et un jeune aristocrate pendant la montée en puissance du régime nazi en 1932 à Stuttgart.
Pour revenir au thème, à la plaisanterie « Google est ton ami » qui était une pique, comme tu disais, pour taquiner son interlocuteur, à quelle occasion utilisait-on cette expression ?

Vincent Calame : Très souvent c’était dans les forums ou les listes de discussion d’entraide quand une personne posait une question dont la réponse se révélait être à la portée d’un seul clic ou de quelques mots clés. Souvent, la bonne âme qui lui répondait malgré tout, le faisait en rajoutant « Google est ton ami », histoire de rappeler à la première personne qu’elle aurait pu faire l’effort de faire la recherche elle-même.
Moi-même, dans mon cadre professionnel, je pense souvent à cette phrase « Google est ton ami » quand on me pose une question, mais je ne le dis pas parce là mon but n’est pas de taquiner ou de mettre mal à l’aise mon interlocuteur, parce que je sais que j’ai trouvé la réponse souvent en faisant une recherche sur Internet.
Cependant, pour la défense des personnes qui posent ce type de question, il faut quand même rappeler que chercher s’apprend, ce ne sont pas les documentalistes qui me contrediront. Toutes les réponses ne se trouvent pas du premier coup. Quand on fait une recherche, il est parfois nécessaire d’affiner la recherche quand il y a trop de résultats sans rapport à la question qu’on avait en tête. Quand le sujet est technique il faut aussi savoir que c’est souvent dans la traduction anglaise qu’il y a de fortes chances que la réponse à ce qu’on cherche se trouve, dans cet angle.

Frédéric Couchet : D’accord. Les moteurs de recherche, en fait, restent une porte d’entrée majeure aujourd’hui sur Internet. On peut peut-être mettre le point d’interrogation à « Google est ton ami » ? Non ?

Vincent Calame : Oui, surtout si on se place de l’autre côté, pas celui de l’internaute qui circule sur Internet mais plutôt sur celui des gestionnaires de sites. Je m’occupe du développement technique de plusieurs sites de ressources documentaires. Il y a quelque temps j’ai reçu un appel angoissé du responsable d’un de ces sites qui avait vu les statistiques de fréquentation s’effondrer du jour au lendemain. Ça s’est effondré parce que plus aucune visite ne venait d’une recherche Google. Au final on s’est rendu compte que le problème venait de chez nous, c’était un certificat sécurité non renouvelé, mais c’est vrai que pendant quelque temps nous avons craint d’avoir été mis sur la liste noire par Google, sans pouvoir en repérer la raison, surtout qu’aucun contenu particulier n’avait été mis en ligne au moment de la chute ; c’était un vendredi en milieu de journée, donc sans raison.
C’est vrai que pour les sites que je suis, les statistiques de fréquentation sont implacables. Plus de 80 % des visiteurs arrivent via un moteur de recherche et parmi eux plus de 90 % c’est Google. Donc là, effectivement, pour ces sites ne plus être présent sur Google, c’est pratiquement la mort numérique.

Frédéric Couchet : Tu parles de mort numérique. Est-ce qu’il y a un espoir face à ce monopole ?

Vincent Calame : Oui, bien sûr. On existe toujours sur Internet. Même si on a moins de fréquentation, ce n’est pas non plus dramatique. Simplement c’est plutôt vis-à-vis des bailleurs de fonds, des choses comme ça, que ça peut poser problème d’avoir des mauvaises statistiques. Évidemment, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur cette situation. D’autres moteurs de recherche existent et tentent de se faire une place, citons le dernier-né qui est Qwant, une initiative française.
Ce qui est assez intéressant, je trouve, c’est que du point de vue du logiciel libre je dirais que le problème ce n’est pas tant le logiciel lui-même, l’algorithme : Google a son propre algorithme, des moteurs de recherche libres existent, comme Lucene. Le problème c’est tout simplement l’infrastructure nécessaire pour faire tourner un tel moteur, à la fois pour fournir des réponses rapidement et indexer toutes les pages de la toile en permanence qui sont en nombre incommensurable. À titre de comparaison, l’encyclopédie Wikipédia a fait récemment une campagne de dons comme elle le fait régulièrement, rappelant que l’infrastructure pour héberger une telle encyclopédie a un coût. Pour un moteur qui serait libre et sans publicité il faudrait, pour financer son infrastructure, une collecte de dons bien supérieure, je pense, même à celle de Wikipédia et nous en sommes encore loin.
Je pense qu’une des pistes, en attendant, ça vaut aussi pour ne pas être dépendants de ces moteurs de recherche quels qu’ils soient, c’est de réfléchir à des modes accès alternatifs à l’information, peut-être quitter le réflexe de juste taper dans sa barre de recherche. Je pense à la diffusion via des réseaux sociaux libres et puis, pourquoi pas, penser à une nouvelle génération, une nouvelle forme des portails internet. C’est un concept qui fleure bon les années 90 ; ils ont été balayés par l’efficacité de Google, mais je me dis que c’est peut-être un chantier à reprendre ou à repenser pour, justement, essayer aussi de perdre ce réflexe de la recherche.

Frédéric Couchet : Réflexe de la recherche qui est aussi renforcé par le fait qu'aujourd’hui la plupart des gens confondent navigateur web et moteur de recherche, parce qu’en fait quand ils lancent un navigateur web, que ce soit le navigateur de Microsoft ou Firefox, leur premier réflexe c’est de taper dans la barre d’adresse en haut et, en fait, ils pensent finalement que le navigateur web et le moteur de recherche c’est exactement la même chose.

Vincent Calame : Oui. D’ailleurs l’interface même a évolué parce qu’avant il y avait deux champs différents, un champ pour taper l’adresse et un champ pour taper la recherche et sous des prétextes…

Frédéric Couchet : De simplicité.

Vincent Calame : De simplicité à mon avis fallacieuse on a une confusion complète des deux actions là-dessus. Effectivement, les outils eux-mêmes nous poussent à agir là-dessus en recherche. Je ne parle même pas des assistants personnels où là c’est carrément je pose une question orale et un algorithme est censé me trouver l’information.

Frédéric Couchet : Assistant personnel qui, aujourd’hui, enregistre les conversations. Maintenant, quand on va chez des amis, il faut leur demander s’ils ont un assistant personnel pour demander qu’il soit déconnecté pour avoir une discussion tranquille.

Vincent Calame : Voilà. Là c’est encore un autre aspect. Il y a toujours le piège, je pense, de la simplicité, effectivement les amis qui vous veulent du bien, qui veulent vous simplifier la vie, qui veulent vous vendre des produits qui répondent à des besoins que vous n’aviez pas avant et qui font naître ces besoins sont toujours suspects. Il faut toujours se poser la question de s’il n’y a pas une idée derrière ou s’il n’y a pas un loup derrière.

Frédéric Couchet : Finalement les assistants personnels ne devraient pas s’appeler Alexa ou je ne sais quoi, ils devraient en fait s’appeler Harry en référence au film Harry, un ami qui vous veut du bien ; on pourrait le mettre entre guillemets.
En tout cas merci Vincent. C’était donc la chronique de Vincent Calame « Jouons collectif ». Je te souhaite une belle journée et au mois prochain !

Vincent Calame : Merci. Au mois prochain.

Frédéric Couchet : On approche de la fin de l´émission, nous allons passer quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Quelques annonces.

Tout à l'heure, Mélissa Richard a annoncé l'Ubuntu Party de Paris les 16 et 17 novembre au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l'industrie. Il y a toujours l'appel à conférences, ateliers et stands. N'hésitez pas à vous rendre sur le site, ubuntu-paris.org, je crois, pour proposer une conférence, sinon le site sera en référence sur le site de l'April, april.org et sur le site causecommune.fm.
Dans les annonces, nous avons parlé il y a quelques mois du documentaire La bataille du Libre de Philippe Borel. Eh bien il y a une campagne de financement pour participer à la traduction en anglais de ce documentaire. Pareil, les références sont sur le site de l'April et sur le site de la radio.
J'en profite pour signaler qu'il y a deux projections cette semaine de La bataille du Libre : une à Montélimar dans la Drôme ce soir, l'autre à Lamastre le 23 octobre, donc mercredi 23 octobre 2019 ; Lamastre c'est en Ardèche. Les références sont sur le site de l'Agenda du libre, agendadulibre.org.

Dans les autres événements, le forum PHP – PHP est un langage de programmation web – se déroule à Paris les 24 et 25 octobre 2019 dans le 14e arrondissement.
Tous les autres événements, vous les retrouverez sur le site de l'Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l'émission : Noémie Bergez, Mélissa Richard, Manuela Geirnaert, Vincent Calame. Aux manettes de la régie aujourd'hui, Patrick Creusot.
Vous retrouverez sur le site web de l'April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles ainsi que les moyens de nous contacter pour nous faire des retours, pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d'amélioration. Toutes vos remarques et questions sont également les bienvenues à l'adresse courriel libreavous@april.org.

Nous vous remercions d'avoir écouté l'émission. Si vous avez aimé cette émission, n'hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. La prochaine émission aura lieu… Ah ! Vincent Calame veut faire une intervention, vas-y Vincent.

Frédéric Couchet : Sur La bataille du Libre, je rajoute qu’il y a aussi une projection à Paris le 6 novembre à la FPH [Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme], 38 rue Saint-Sabin ; c’est sur l’Agenda du Libre.

Frédéric Couchet : C’est sur l’Agenda du Libre, donc le 6 novembre à la FPH dans le 11e et je l’annoncerai à nouveau évidemment dans une prochaine émission Libre à vous !.

Je disais que si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et aussi à faire connaître la radio Cause Commune.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 29 octobre 2019 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur VLC, le célèbre lecteur multimédia libre dont le logo est en forme de cône de chantier. On parlera du logiciel, de ses fonctionnalités, mais aussi de l’histoire du projet avec Jean-Baptiste Kempf.

La semaine prochaine sera donc la 42e édition de Libre à vous !. Ce sera l’occasion de faire des clins d’œil au célèbre livre Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams. N’hésitez pas à lire ou relire avant l’émission ce livre, vous verrez peut-être la référence à 42. En tout cas nous essayerons de rendre hommage au Guide du voyageur galactique.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 29 octobre 2019 et d´ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.