Bientôt des postes travail libre dans les administrations centrales ?
En juillet 2025, la députée et présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, a posé une question écrite à la ministre en charge de l'intelligence artificielle et du numérique au sujet des « impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11 ». Réponse lui a été adressée en janvier 2026, mentionnant une circulaire sur les achats numériques de l'État et une réflexion sur le développement d'un poste de travail sous système GNU/Linux.
Lien vers la question écrite et la réponse de la ministre
La députée Cyrielle Chatelain, qui avait signé le Pacte du Logiciel Libre dans le cadre des législatives de 2022, inscrit sa question dans un sujet de souveraineté numérique. Elle rappelle, bien sûr, les impacts environnementaux induits par la mise à jour forcée du système d'exploitation privateur et elle met en avant que la systématisation des systèmes libres comme GNU/Linux est une manière de « limiter les risques de surveillance et l'obsolescence programmée. ».
Dans sa réponse du 13 janvier 2026 , la ministre en charge de l'intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, ouvre son propos en signalant que « la stratégie numérique de l'État s'est fixée comme priorité le renforcement significatif de la maîtrise par l'État de ses systèmes d'information ». Elle partage, dans cette perspective, deux informations intéressantes : des réflexions sont en cours pour le développement de poste de travail libre et une évolution de la doctrine de l'État en matière d'achat public numérique
Des réflexions en cours à la DINUM pour un poste de travail libre
Dans sa réponse, la ministre indique que « La DINUM1 a ainsi lancé en 2025 une réflexion sur le développement d'un poste de travail sous système Linux permet d’accroître la souveraineté et de limiter l'obsolescence programmée. »
Les postes de travail sont un des facteurs clefs à prendre en compte pour une politique publique d'autonomie et de migration réussie vers le logiciel libre. Ce genre d'annonce est donc encourageant.
En 2020, déjà par voie de réponse à une question écrite, une annonce similaire avait été faite concernant le ministère des Armées. Si des études ont bien été conduites, jamais aucune décision ne semble avoir été prise.2
Nous avons sollicité la DINUM au sujet de ces travaux pour en savoir davantage.
Une circulaire sur la « commande publique numérique »
Dans sa réponse, de janvier 2026, la ministre partage également la volonté du gouvernement de faire évoluer la doctrine de l'État en matière d'achat public et de souveraineté numérique. Courant février une circulaire portant sur la « commande publique numérique » a été publiée.
Nous examinerons cette circulaire en détails. On peut d'ores et déjà noter que les logiciels libres semblent occuper une place particulière, un encart spécifique leur étant consacré, et « il est recommandé de privilégier, lorsque c’est pertinent, le recours à des produits open source ». On notera également une évolution positive dans le discours puisque, notamment, l'ouverture du code est considérée comme un facteur de sécurité.
Question de Mme Cyrielle Chatelain, publiée le 15 juillet 2025, sur « les impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11 »
Mme Cyrielle Chatelain interroge Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, sur les impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11. La fin de Windows 10 au profit de Windows 11, la nouvelle version du logiciel de Microsoft, est prévue pour le 14 octobre 2025. Une très large majorité des PC utilisés par le secteur public bénéficient du système d'exploitation Windows et Windows 11 ne sera pas compatible avec une large partie des ordinateurs. Mme la députée souhaite donc savoir ce que prévoit l'État vis-à-vis du passage à Windows 11 en vue de limiter les impacts économiques et environnementaux liés au remplacement du matériel informatique actuellement configuré sur Windows 10 dans le secteur public et demande à être informée du coût total des opérations ainsi que de la quantité de déchets numériques générés par le passage à Windows 11. Elle souhaite également savoir dans quelle mesure le choix de maintenir un logiciel d'origine étatsunienne est pertinent aujourd'hui au vu du contexte géopolitique et des risques en matière de souveraineté des données et de sécurité et si des réponses sont envisagées pour assurer la souveraineté de la France et des services de l'État en matière de logiciels et de protection des données. En effet, un procureur de la Cour pénale internationale a récemment vu ses mails professionnels, hébergés sur Microsoft Outlook, être coupés sur la demande du président Trump, soulevant la question des risques d'ingérence étrangère au vu des liens entre Microsoft et le gouvernement américain. Enfin, elle lui demande si, à l'instar d'autres États (Allemagne, Danemark) et de certaines collectivités (Grenoble et plus récemment Lyon), l'État envisage de former les administrations et de systématiser le recours à des systèmes sous Linux, dont le caractère libre et open-source permet de limiter les risques de surveillance et l'obsolescence programmée.
Réponse d'Anne Le Hénanff, ministre en charge de l'intelligence artificielle et du numérique, publiée le 13 janvier 2026
Cette question illustre parfaitement les problèmes que peuvent poser la dépendance de nos administrations et entreprises à des solutions extra-européennes. La stratégie numérique de l'État s'est fixée comme priorité le renforcement significatif de la maîtrise par l'État de ses systèmes d'information. Dans certains cas, pour les données d'une sensibilité particulière, cela peut impliquer de rechercher une immunité au droit extra-européen, par exemple s'agissant des systèmes d'information hébergés dans le cloud, conformément à l'article 31 de la loi Sécuriser et réguler l'espace numérique. Dans d'autre cas, il en va de notre capacité, au besoin, à substituer tout composant d'une solution par une alternative disponible sur le marché, pour garantir notre intégrité et notre pouvoir de négociation et ainsi maîtriser nos coûts. La DINUM a ainsi lancé en 2025 une réflexion sur le développement d'un poste de travail sous système Linux permet d'accroitre la souveraineté et de limiter l'obsolescence programmée. Plus largement, la souveraineté numérique est au coeur de mon action comme Ministre de l'IA et du numérique. Elle se traduit concrètement en trois priorités : Soutenir l'offre, pour disposer d'une offre nationale et européenne de services numériques innovants et compétitifs qui viendra bénéficier à tout l'écosystème ; Identifier nos dépendances et œuvrer à les réduire avec nos partenaires européens (comme décrit ci-avant); Faire respecter nos règles et nos valeurs en Europe. Depuis ma prise de fonction, le Gouvernement travaille sur ce sujet. Nous nous sommes rendus, avec les ministres Roland Lescure et David Amiel, ainsi qu'avec le président de la République, au sommet de Berlin sur la souveraineté numérique en novembre dernier, où nous avons obtenu des avancées notables, en particulier sur le principe de préférence européenne dans le numérique. Nous avons d'ailleurs lancé dans cet objectif un groupe de travail européen chargé de définir ce qu'est un service numérique européen. En effet, je crois en particulier à la commande publique comme levier de souveraineté : le Gouvernement avance sur le sujet, et travaille à une nouvelle doctrine d'achat public numérique qui permettra de réaffirmer le besoin de se fournir en solutions numériques sûres et souveraines, tout en soutenant notre écosystème français et européen. Nous travaillerons également, dès 2026, pour porter cette vision au niveau européen, notamment dans le cadre de la révision de la directive-cadre sur les marchés publics. Ces travaux doivent nous permettre de renforcer notre souveraineté numérique et de limiter, à terme dépendances aux acteurs extra-européens. C'est un enjeu d'indépendance et d'autonomie stratégique.
- 1. Direction interministérielle du numérique
- 2. Suite à la réponse ministérielle, l'April avait fait des demandes et obtenu communication de documents administratifs attestant que l'hypothèse de poste de travail libre avait bien été étudiée. Mais jamais aucune décision ne semble avoir été prise après cela. Lire notre billet 7 avril 2022 : « Poste de travail internet libre au ministère des Armées : une décision a-t-elle été prise ? »










